La Nouvelle Vague
Entre 1958 et 1968, une génération de critiques des Cahiers du cinéma passe derrière la caméra et invente une nouvelle façon de filmer : tournage en décors réels, lumière naturelle, équipes légères, montage libre. Le cinéma français ne s’en remettra jamais — le cinéma mondial non plus.
Tout part d’un article : « Une certaine tendance du cinéma français », publié par François Truffaut en 1954, qui exécute le « cinéma de papa » — les adaptations littéraires académiques tournées en studio. Autour d’André Bazin et des Cahiers du cinéma, Truffaut, Godard, Chabrol, Rohmer et Rivette théorisent la « politique des auteurs » : le réalisateur est l’auteur du film, au même titre qu’un écrivain.
Les caméras légères (Éclair Cameflex, puis Coutant) et les pellicules sensibles libèrent le tournage : on filme dans la rue, sans autorisation, avec des acteurs peu connus. Le Beau Serge (1958) ouvre la voie, Les 400 Coups triomphe à Cannes en 1959, et À bout de souffle (1960) impose le faux raccord comme signature esthétique.
Pour les travellings d’À bout de souffle, Godard n’avait pas les moyens de louer des rails : Raoul Coutard, caméra à la main, était poussé dans un fauteuil roulant — et parfois dans une charrette postale — sur les Champs-Élysées.