Le Samouraï
Jef Costello, tueur à gages méthodique et solitaire, exécute le patron d’une boîte de nuit. Aperçu par la pianiste du club, il devient la cible simultanée de la police et de ses commanditaires. Traqué dans un Paris gris et pluvieux, il applique jusqu’au bout son propre code d’honneur — celui du samouraï.
Le silence comme mise en scène
Analyse scène par scène →Les dix premières minutes sont muettes : Melville filme les gestes de Costello — le chapeau, les gants, la Citroën volée — comme une cérémonie. Le spectateur n’apprend rien par le dialogue ; tout passe par le corps et la répétition.
Henri Decaë désature la pellicule couleur jusqu’à frôler le noir et blanc : murs gris-bleu, imperméable beige, Paris pluvieux. Une palette « aquarium » pensée dès le décor de la chambre, accordée au plumage du bouvreuil en cage.
François de Roubaix compose un thème rare et discret, laissant le silence dominer. Les sons diégétiques — le piano du club, les pépiements de l’oiseau, la pluie — portent la tension mieux que toute partition.
La citation du « Bushido » qui ouvre le film n’existe pas : Melville l’a inventée de toutes pièces.
Le studio de Melville rue Jenner a brûlé pendant le tournage — la chambre de Costello a dû être reconstruite à l’identique.
Le bouvreuil en cage servait d’« alarme » scénaristique : ses plumes agitées révèlent à Costello que sa chambre a été visitée.
John Woo a qualifié le film de « plus proche du polar parfait » et Ghost Dog de Jarmusch en est une relecture directe.